vendredi 20 mars 2009

Que les parents du petit Pierre se rassurent...

La colonie de vacance a prévu des petits pots compote pour bébé afin de satisfaire les besoins de ses pensionnaires malades...


Il est plus là ?!


Ah si ! N'a tout mangé sa compote...

Baromètre mensuel de la vie stanbouliotte

Bien le bonjour à vous,

Alors plusieurs niouz en vrac, histoire de faire dans le concis, le synthétique, et l'efficace.

Alors que nous divaguions Florian, sa copine et moi-même à Sultanhamet, quartier historique d'Istanbul, je me suis trouvé en panne de filtres pour me rouler une cigarette bien méritée. Je tourne la tête sur ma droite, et mes yeux se posent de manière inesperée sur une jeune demoiselle en train justement de rouler un fagot avec des filtres bien ronds, bien beaux. Que cela ne tienne, je me rue sur ses yeux hors-du-commun, manque de lui demander un rancard au lieu des filtres, mais je parviens à mes fins sans emcombres. Je fus aux anges d'entendre son amie Lina me demander si je connaissais un peu le coin, elles débarquaient à l'instant de l'aéroport et resteraient 5 jours à Istanbul le temps d'un colloque auquel elles assisteraient, elles et leurs 4 amies.

Après échange de formalités, je lache mon numéro, cigarette et sourir à la bouche. Ces copains inattendus, ils viendront passer quelques temps chez moi, pour y signer de bons moments, il faut bien le dire.



Après ma mamounette et ma ch'tite soeur en embuscade, avec qui il faut le dire, j'ai passé un très bon moment, Pierre, aka Pedrito, aka El mas lindo del mundo, aka Guitar Hero, est venu se perdre pour les deux semaines à venir dans mon humble cité européo-asiatique, histoire de se changer les idées et de trouver autre chose que de la neige dans les esprits des passants.

Arrivé il y a deux jours, on a eu le temps de bien visiter les environs, de tester quelques bons petits bars et restos, de se gratter les testicules devant un bon plateau TV à base de pizzas et de bières. Pour bien commencer son séjour, on avait prévu de décoller ce matin pour la Grèce, direction Xanthi où habite une amie de mon colloque et qui sympa comme elle est avait acceptée de nous héberger les 4 prochains jours.

Oui mais voilà, à force de tirer sur les White Russians et de goûter aux délices turcs en un seul jour (ce qui à moi m'a valu un mois et demi d'estomac douloureux), le petit Pedrito s'est levé avec un mal de crâne et de bide, suffisamment prononcés pour nous empêcher de décoller à l'heure prévue... on remet ça à demain, hopefully we be ready.



Aujourd'hui au moins le soleil brille, hier il a neigé, il faisait 2°C... East-en-boule en hiver, à éviter.

Je profite du talent de mon colloque Flo pour vous montrer quelques clichés sympas qu'il a pris récemment. Du coup j'en profite aussi pour développer autant que possible mes aptitudes à la photographie, je trouve ça bien sympa comme hobby.


Mon colloque Marc et moi... on se comprend bien.


Pause sur le toit de l'appart.

Bise à tous.

lundi 16 mars 2009

Au-delà de la géopolitique médiatique : le Proche-Orient version 'Do It Yourself'

Tout d'abord, merci pour vos encouragements, cela me motive vraiment à poursuivre mon récit. C'est un travaille de fond qui prend du temps, certes pas autant que pour rédiger une revue de concert avec interview des artistes à traduire en deux langues et traitement des photos, mais tout de même. Mon frère et Valentina ont en tout cas recoupé mes informations, donc je suis rassuré sur le plan de la véracité des faits que je relate ; l'aspect subjectif de mon récit qui peut apparaitre à quelques endroits est également en grande partie le leur. Bref ce que je raconte à l'air consensuel pour tout ceux qui étaient avec moi.

Et puis je me motive aujourd'hui lundi pour boucler cet article, car demain le gros Pedrito vient de Norvège pour me rendre visite durant 2 semaines, avec au programme départ pour la Grèce chez une amie de mon colloque, on va aller se dégourdir les jambes sur la plage pour 4 ou 5 jours. Finir ce paragraphe m'a pris environ une demi-heure, c'était en effet sans compter le bavardage sans fin de mes deux autres colloques, des vraies pies allemandes...
Cette fois-ci c'est bon, je m'y met.

Partie 4 - Naplouse


Back to Jénine donc. Après avoir fait un dernier saut par le centre de fabrication de prothèses du camp, le seul de la région Nord de la Cisjordanie, on se dirige vers la navette qui nous ramenera à Fara'a pour une dernière nuit. Nous repassons ainsi devant l'oeuvre d'un artiste européen venu après l'offensive, et qui eût l'idée de créer, à partir de la feraille restante d'une ambulance détruite par l'IDF, une sculpture aux allures de cheval de Troies. Regards intrigués jetés sur l'objet, puis nos regards noirs et inquiets se croisent, intercompréhension, silence.



Brèves explications par notre guide du moment, le contact d'Abu Jamil. Il n'avait pas besoin de préciser que le véhicule était plein quand il a été détruit. Je me passe une main nerveuse dans les cheuveux, que je laisse plaquée sur l'arrière de mon crâne, tendu.
Arrivé au centre-ville, il reste un peu de temps avant que la prochaine navette parte, nous prenons donc le temps d'un café sur une terrasse surplombant la place principale.



J'en profite pour m'acheter des oranges, ma nourriture favorite du moment, un kilo pour 1 shekel. Quatre jours plus tard on me proposera une orange pour 10 shekels à Jérusalem, mouahaha !

De retour à Fara'a, on plus besoin que jamais du lecteur mp3, mais ne pouvant satisfaire toutes les oreilles en même temps, Polo fait péter le haut-parleur (et la batterie) de son poPod avec un bon son de Tom Waits, et on se recentre sur une partie de 51, jeu de carte local qui ma foi n'est pas déplaisant. On se pète le bide avec un bon plat, puis on s'écrase jusqu'au lendemain matin 9h, heure convenue pour le départ vers Naplouse.
Les sacs de couchage sont repliés, ficelés, rangés dans les sacs à dos, le temps d'enfiler nos pompes et nous sommes dehors. Nous attendons la navette 5mn dans un coin de poussière, le temps de prendre en photo les quelques peintures que j'avais remarqué dans le local du Comité populaire. Peintures d'un martyr, abattu à l'étranger il y a peu d'années par le Mossad. Vous pouvez les voir ici et .

Après avoir encore risqué notre vie 153 fois pour pouvoir vous compter davantage, nous arrivons à Naplouse. La ville est dans une mini-vallée, les maisons s'étendant jusque sur les hauteurs et ailleurs. Les bâtiments se portent plutôt bien, vu que les incursions se font rares dans la ville, et que les abris de fortunes sont fait de parpaings pour la plupart : une couleur blanche domine largement le paysage, et quelques belles bâtisses se paient le luxe d'un oranger, ce qui donne un peut de gaité au décor.



Nous commençons la journée par le centre de jeunesse et d'initiatives culturelle de la ville, où l'on parle français et où Valentina a déjà travaillé les années auparavant. On peut donc laisser les sac à dos dans un coin, puis après le mot de bienvenue du directeur qui nous présente sa troupe de danse à la renommée européenne (tu m'étonnes avec les nénettes qui l'entourent...), on part en taco pour le centre culturel français. Là on a rien appris, si ce n'est qu'ils ont du fric pour se payer une bâtisse du début du siècle avec fioritures au plafond, internet (Polo fut le premier à le repérer et à l'utiliser), et de nombreuses salles de classe en rénovation, mais aussi pour engager une stagiaire pour 6 mois, qui sert le café et qui tient la causette. Bref on ne reste pas longtemps, et on frappe à la porte d'à côté pour entrer dans les locaux de l'organisation "Project Hope".

Fondée en 2003 par un collectif qui souhaitait plus ou moins la même chose que The Freedom Theater à Jénine, elle accueille environ 12 volontaires internationaux qui souhaitent filer un coup de main à la population et spécialement aux jeunes à travers des cours d'anglais, de français, de danse, de théâtre... On a ainsi pu rencontrer des canadiens, des amerloques, des coréens, et des français bien sûr, travaillant sur le terrain, flanqués de leur magnifique jacket estampillée. Dont un qui a bien voulu nous en dire plus sur les conditions de son stage de 4 mois. Outre le manque de confort quotidien et sa colloque à 13 qui commence à lui taper sur les nerfs, il nous parle de son taf, régulier, du manque de mobilité (il n'y a pas de voiture à dispo), de bars, mais surtout de demoiselle avec qui passer un moment sympa dans un bar de la ville.


Pas possible de draguer ? Mange du fallafel avec tes potes !

Lui qui fréquente les salles de muscu a pu constater (avec frissons estampillés XY), que les hommes souffrent moralement de ne pouvoir entretenir une conversation, ou même flirter de temps en temps. Nada, queudal. Si l'on embrasse une demoiselle, c'est pour la marier. Ainsi la plupart de ses amis palestiniens travaillant avec lui sont encore puceaux à plus de trente ans, et peuvent rester assis à la terrasse d'un café plusieures heures durant à regarer passer la gente féminine. Avec ses cheuveux longs, il comprit rapidement que l'homosexualité de quelques uns de son entourage n'était pas qu'une supposition. Et si en plus la stagiaire du centre culturel français est fiancée, ben quatre mois ça fait long. Le bonhomme a aussi raconté à mon frère qu'il a eu le cran d'aller dans un tunnel clandestin entre Gaza et la l'Egypte prendre quelques photos, dont certaines auraient valu publication sur quelques bons sites internationaux. Mais bon, j'y crois à moitié. Pendant ce temps je discutais du programme des jours prochains avec Valentina : on venait de nous proposer un bon repas collectif, qui se tiendrait le soir même comme tous les premiers lundis du mois, et qui serait bien sûr une bonne occasion de discuter plus longuement avec le staff qui a l'air sympathique. Mais après réflexions et magnanimité (toi-même tu sais), nous décidons de nous rabattre sur Ramallah avant la tombée de la nuit, comme il était prévu au départ.

Le cousin de Tarek débarque, et après avoir échappé à une demi-douzaine d'étudiants en français qui souhaitaient exercer leur aptitudes auprès de trois touristes francophones que nous étions, on se met en marche pour une visite de la vieille ville qui arbore une architecture arabe bien préservée, typique, agréable à découvrir.



On a même mis les pieds dans un bain turc vieux de 2300 ans... diiiingue. Peut-être notre seul arrêt qui figurait dans le Lonely Planet ! Ca changera rapidement en Israël...
Bref on se gave de pâtisseries particulièrement pesantes, pendant que Polo s'évade pour acheter un Milk-shake qui lui faisait de l'oeil dans une vitrine. D'ailleurs j'ai couru pour m'acheter le même, voyez plutôt : une dose de fruits frais dont fraises, fruits rouges, banane, pomme, professionnellement mixés à la main (bon ok, ils auraient pu le faire avec les pieds), dose de lait et de cacahuètes récemment ecrasées avec amour. Une demi rondelle de kiwi au sommet... de quoi vous faire pleurer un homme...

Je saute dans le taco, embrasse le cousin de Tarek en lui recommandant une dernière fois de m'appeler avant de venir en France, nous passons prendre nos sacs et succombons au savon d'huile écolo-fairtrado-équitable, avant d'embarquer pour la navette qui devait nous déposer à Ramallah deux heures plus tard.

Naplouse est donc une ville calme et presque charmante en apparences, et ne fut pas le théâtre d'affrontements récurrents entre Palestiniens et Israéliens. Toutefois, lors des premiers bombardements sur Gaza, des manifestations ont été organisées en soutien à la population gazouie, rassemblant quelques 2000 personnes, ce qui ne fait pas énorme par rapport à 300 000 habitants, mais bon.




Pour plus d'informations : la page de Project Hope.

lundi 9 mars 2009

Au-delà de la géopolitique médiatique : le Proche-Orient version 'Do It Yourself'

Partie 3 : Au coeur de la résistance. Al-Fara'a refugee camp & Jénine.

Ces premiers jours en Israël
passés dans la ville Sainte sont passés bien vite, mais il a fallu filé droit sur Fara'a où la famille de Tarek nous attendait depuis un bout de temps. Valentina y était allé deux jours auparavant en reconnaissance, elle n'avait pas pu rentrer le soir même (ce qui n'a pas manqué de bien nous faire flipper) car les autorités israéliennes avaient fermé les check-point et coupé les réseaux téléphoniques. Autant dire qu'en montant dans le bus 9 places Volkswagen jaune, on était bien dans l'ambiance.

Premier voyage, premiers contacts avec la réalité de la séparation physique de deux peuples ennemis : on longe le mur de 8m de haut (deux fois plus que celui de Berlin) sur 200m (sur les 700km au total), on passe le check-point principal (deux fois deux voies et deux miradors) et on commence à rouler vers Ramallah où nous changeons de navette une première fois, puis une deuxième fois à Naplouse le temps de se faire offrir une tasse de café et de perdre Amin (pour la première fois sur un nombre incalculable). Première photo mémorable également.



La dernière navette nous dépose enfin dans le camp, Tarek est là et nous attendait. Les premiers a priori tombent très vite : déjà il n'y a pas de tentes dans un camp de réfugié. En fait il n'y en a plus depuis 1959, deux ans après que ces apatrides aient fondé le camp ; maintenant tout est en dur, en parpaings bien frais importé de Jordanie, les routes principales sont toutes bétonnées, il y a du commerce de proximité. Mais on dort sur un matelas pas bien épais posé à même le sol, les murs ne sont pas finis : confort rudimentaire, refus de vouloir s'installer durablement pour la plupart des habitants. On est reçu par Abu Jamil et l'on commence à discuter de tout ce qui peut bien nous intéresser, de son boulot de coordinateur des scoots de Palestine à la situation politique de la région et du camp, de la vie quotidienne, de la Jeep qui a été brûlé la veille par les jeunes du camp et de la descente qu'il y aura probablement ce soir (et qui a eu lieu), et du programme des prochains jours. On se rend compte qu'on a la possibilité de rencontrer beaucoup de monde intéressant, du comité populaire au centre de l'UNRWA en passant par une ancienne résistance de 1967 et un haut résponsable de l'autorité palestinienne. Et on décide aussi de prendre des notes, des enregistrements, des photos, de faire ça bien quoi.
L'ambiance durant cette première discussion est particulière, pesante, inattendue. La petite fille d'Abu Jamil va et vient sur ses genoux, Tarek fait le voyage entre le salon et la cuisine pour nous préparer du thé et du café... et les soeurs restent toutes dans la cuisine. Nous ne les verrons jamais, sauf moi une fois, et encore je me suis fait rappelé à l'ordre par Valentina qui m'a gentillement signalé que nous ne devons pas entrer dans la cuisine. Pendant que nous parlons, Valentina a le regard grave, ne dit presque rien, s'efface. Elle a drôlement changé depuis qu'elle a foulé la poussière de Fara'a. Sa mine sombre elle la gardera jusqu'à ce que nous nous séparerons à Ramallah, une semaine plus tard.
Nous mangeons le plat de bienvenue qui se compose de morceaux de poulet et de riz, le tout avec du pain trempé et du humus, purée de pois chiches qui se moque visiblement du mur d'apartheid et qui s'invite dans les plats d'ici et là-bas. Globalement on aura très bien mangé durant les 5 jours au camp, qualitativement car les plats traditionnels sont vraiment délicieux de la salade verte composée, au dessert à base de fromage et de semoule (on est même allé dans l'atelier de fabrication avant de le manger), en passant par ces plats principaux recueillant tout le nécessaire : viandes, féculents et pain. En gros ça donne ça (ici lors du déjeûner avant d'interviewé l'ancien prisonnier et aujourd'hui employé municipal):



Bref c'est convivial, simple, sans manières et sans prétentions. D'ailleurs maintenant que j'y pense, on m'a parlé d'un petit restau palestinien sur Istanbul, j'irai y jeter un coup d'estomac prochainement... (avec toi Pedrito ?).
Passé ce déjeuner tardif, Abu Jamil nous emmène faire un tour dans le camp, et nous découvrons l'organisation principale de celui-ci : deux artères principales se croisant au milieu du camp, les maisons montent jusque haut à flanc de coline. Nombre de bâtiments sont financés par différents gouvernement européens, et contribuent à développer une vie associative, des infrastructures pour les jeunes (écoles, jardins, centres de loisir), tandis que l'UNRWA implante quant à elle les infrastrutures de base pour la sanitation (c'est français ça ?), l'éducation, l'alimentation parfois, la santé surtout.

Le maintien de la présence de l'UN à un but politique. Alors que celle-ci cherche à se désengager au plus vite lorsque les infrastructures peuvent être dirigées par les locaux, ces derniers cherchent à garder une antenne dans le camp : l'UN a dirigé le plan de partition de la Palestine en 1948 entre Palestiniens et Israéliens (ces derniers ne l'ont pas respecté dans certaines régions, tel Nazareth), et tient donc une responsabilité quant à la situation présente des habitants de Fara'a. Aussi longtemps que les Palestiniens constitueront une population d'exilés, l'UN doit se maintenir et leur fournir ce que logistiquement ou financièrement ils ne peuvent pas obtenir (comme ces investissement initiaux lourds).
Le leader de l'antenne de l'UNRWA à Fara'a nous a livré quelques informations supplémentaires sur les conditions présentes du camp : la pauvreté et le chômage on substanciellement augmenté ces derniers mois, notamment depuis qu'il est impossible pour le Palestinien lambda d'aller travailler quotidiennement en Israel. Seuls ceux qui ont réussi à négocier un permis de passer avant la construction du mur continuent à commuter quotidiennement. Pour tous les autres dont le permis a pris du retard ou ne fut tout simplement pas accordé, le chômage les a frappé de pein fouet. A Fara'a un programme basé sur la flexibilité de l'employabilité de la main d'oeuvre a permi de créer 78 emplois temporaires (enfin, très temporaire puisque les salariés changent de metier en moyenne tous les 3 mois). Le nombre croissant de check-points à l'intérieur même de la Cisjordanie affecte le travail de l'UN au niveau logistique, et l'armée Israélienne (l'Israelian Defense Forces) ne les traite pas en amis : l'UNRWA est considérée comme dissident palestinien en Cisjordanie. En outre ce sont les Nation-Unies qui
louent le terrain au propriétaires palestiniens pour pouvoir loger les réfugiés (le bail dure 99ans) et le ditribue au familles selon leur taille. Au total, l'UNRWA finance 19 camps de réfugiés en Cisjordanie, et d'autres en Jordanie, à Gaza, en Syrie et au Liban.


Tableau d'organisation de l'aide de l'UNRWA apportée au camp de Fara'a


Carte générale de la situation communautaire en Cisjordanie

Une journée typique à Fara'a, c'est levé à 9h, p'tit dèj atomique à base d'humus (voir photo ci-dessous), puis visite du matin, ensuite déjeûner à la maison, ensuite visite de l'après-midi, et enfin déambulage et bullage sur le chantier du prochain centre pour scoots où Abu Jamil rencontre tous ses amis en buvant du thé jusqu'à 20h environ. Retour à la maison, diner de rois, puis on s'écrase sur les matelas, on décompresse. Au bout de trois jours, on commence à comprendre pourquoi Valentina nous proposait d'aller à Ramallad pour décompresser et se changer les idées autour d'un demi de bière. L'atmosphère est lourde, à la fois parce qu'on ne cesse de penser à ce que ce peuple vit au quotidien depuis 60 ans, et à la fois parce que les personnes que l'on rencontre s'efforce de nous faire comprendre leur point de vue et de nous sensibiliser à leur cause, ce qui implique la plupart du temps une mine grave, des yeux noirs, et un langage plus corporel et spirituel que parlé. Hommes et femmes fouillent davantage dans leur passé lorsqu'ils nous accueillent, bien qu'il pensent chaque jour à revenir sur leur terre originelle. En somme je me bats avec mon frère pour avoir le lecteur mp3, et m'évader en Europe le temps d'un délire à la Goran Bregovic ou d'une chanson des Gladiators. Je n'ai dailleurs jamais autant lu que durant ces 3 semaines de trip : 2 bouquins, 500 pages. Un exploit nécessaire dirons nous.

Sur 8500 réfugiés, le camp de Fara'a compte environ 60 diplômés de niveau grade Master, ce qui est plutôt significatif. La plupart sont en outre parti dans les pays voisins ou bien dans les pays soviétiques alors que le monde était encore bipolaire. De cela découle une motivation et un esprit d'entreprise particulièrement vif à Fara'a.
Bref nous avons rendu visite à de nombreuse personnalités du camp durant ces 5 jours, avec entre autres un employé de l'ancienne prison et désormais centre culturel et de jeunesse, la présidente du centre social pour femmes de Fara'a et ancienne résistante, un témoin (et aujourd'hui grand-père) de "La Grande Catastrophe" de 1948, le président du commité populaire du camp, le camp de scoots du village... autant de rencontres que de témoignages poignant et ô combien enrichissant. Je garde leur témoignage bien au chaud, je ne sais pas encore si je les publierai sur cette page.

Le dernier jour, nous sommes allés à Jénine en bus pour la journée. Départ assez tôt le matin, on saute dans un autre Transporter TDI, et après avoir failli mourir 150 fois (soit trois fois par virage), on arrive en transpiration au bord du camp de Jénine. Un membre du commité populaire, prévenu par Abu Jamil de notre arrivée, est dépêché à notre rencontre et nous mène au centre du camp.
A Jénine, la population est traumatisée par les attaques sanglantes de 2002, qui ont détruit 55% des infrastructures et habitations et tué 68 personnes. Le Freedom Theater, qui propose une alternative artistique à l'engouement des jeunes pour les armes, et à leur fascination pour leurs aînés morts en martyrs et glorifié par un placardage massif de posters à leur effigie, fut détruit totalement par l'IDF qui pensait y trouver du matériel militaire et des armes. Reconstruit par un jeune réalisateur juif, Juliano, auteur de "Les enfants de Darna", le théâtre est aujourd'hui très actif et arbore fièrement ses résultats encourageant à travers un DVD de présentation, qui, il faut bien le reconnaître, laisse les larmes aux yeux. Les jeunes filles de 15 ans évoquent leur condition de sexe faible qui les enferme et les rabaisse, les jeunes hommes parlent de leur grand frère martyr et de leur avenir obscur, de leur vie qui obtiendra finalement un sens lorsqu'il tomberont sous les balle de l'IDF.
Inutile de parlé du film de Juliano, je n'ai pas encore osé le déballé; d'ailleurs ce sera peut-être ce soir.
A Jénine, on ne doute plus, on prend conscience et on se met à la place de la population, hommes et femmes survivant avec 800NIS/mois (160€) en moyenne, et jettant leurs dernières forces dans la résistance culturelle. Bien que démilitarisée à grand renforts de check-points et d'opérations ciblées, ouvrant régulièrement des plaies non-cicatrisées, Jénine reste sans aucun doutes la ville résistante par définition. Ils tinrent 2 semaines face à l'IDF, ce qu'aucun Palestinien n'ignore.


Prochainement : Naplouse, poudrière maquillée, et Hebron, coeur juif, corps arabe. Bise à tous.

samedi 28 février 2009

Au-delà de la géopolitique médiatique : le Proche-Orient version 'Do It Yourself'

Partie 2 - Jérusalem

Pour ce genre de narration du type récit de voyage, je tiens à signaler au regard de tous que Baptiste Kotras est mon mentor (rien que ça). J'ai repris son rythme, sa structure... Ou du moins je m'en suis rendu compte après relecture.
Il me semble que c'est bien adapté aux longs récits. L'encart thématique est entre autre une idée qui lui est originale.
Que Jah puisse me donner son endurance, car ça, c'est pas gagné. Pour cela, je demande à Jacob Miller et à Dillinger de m'inspirer durant la rédaction.

Par ailleurs, je suis en train de sortir de mes déboires appartementesques petit à petit, et nous retappons l'appart du sol au murs pour le rendre plus vivable, ce qui bien entendu prend pas mal de temps. J'attache beaucoup d'importance à la rédaction de ce blog, mais je ne peux outrepasser les obligations de la collocation. Peinture, perceuse, mouvements en tout genre, je ne m'ennuie pas. Je fais de mon mieux pour continuer dès que possible...

Précédemment, les pieds nikelés se sont rendus en Jordanie par avion et on profité de l'accueil d'Imman pour pouvoir visiter les principaux sites touristiques que sont Jérash, haut lieu d'histoire romaine, et Pétra, site d'une beauté indéniable et inscrit au Patrimoine mondiale de l'UNESCO. Après s'être frotté à la suspicion de l'Etat israélien envers leurs origines, ils ont profondément inspiré cet air nouveau synonyme d'aventure.

Premiers contacts avec la monnaie israélienne qu'est le shekel en tentant d'acheter un café bien mérité, et premiers contacts avec l'hébreux. Les cars les plus gros partent pour Jéricho qui est la ville palestinienne la plus proche, car oui, nous sommes en Cisjordanie et non pas en territoire Israélien, sauf pour cette zone de contrôles.
On saute dans la navette jaune qui ne démarre pas tout de suite : il faut attendre qu'elle soit pleine avant de décoller pour la destination (ce qui est la règle partout dans le pays). Ce qui nous fait poireauter encore bien trente minutes, occupées à observer tous ces hommes de la trentaine avec des lunettes noires et des mitraillette de compétition. Même en dehors du poste de frontière des mecs nous posaient encore des questions quand à noter destination et au but de notre séjour.
Dans le bus Amin fait la connaissance d'un grec d'origine arabe marié avec une israélienne, et qui parle donc naturellement anglais, hébreux, grec et arabe. Pas mal le bagage. Il nous explique très sympatiquement que le Jourdain est assêché depuis un bout de temps maintenant, et que cela le rend plutôt triste de voir que personne ne s'en inquiète. Il nous lâche sont numéro de téléphone et insiste à ce qu'on l'appelle si n'importe quel événement déconvenant venait à perturber notre séjour, ce qui nous met dans la bonne humeur dans une grande confiance quant à l'accueil des Arabes et des Israéliens à Jérusalem.

On débarque à la Porte de Damas vers 15h30, et on se plonge dans la vieille ville, zigzagant entre les marchants d'épices, de viande, de poissons, de fringues en tout genre, des restos... on avance lentement dans une longue et étroite rue qui fait quasiment toute la vieille ville du nord au sud. On lâche nos bagages dans le dortoire du Hebron Hostel que connaît bien Valentina pour y séjourner à chacun de ses passages, et on se replonge dans le dédalle de la Ville Sainte qui nous intrigue tant.
La Vieille ville est bien différente de la nouvelle. La première est répartie entre Chrétiens, Musulmans, Juifs et Arméniens. Il n'y a pas de contrôle à l'intérieur, sauf à l'entrée des importants sites religieux (Dome of the Rock, Al-Aqsa camii, centres de formation judaïques...) et qui sont interdits aux personnes ne pratiquant pas cette religion.



La vieille ville est vraiment magnifique. Plurielle, historique, spirituelle, elle se trouve au carrefour de trois religions et fut l'objet de convoitises meurtrière, les Croisés baptisant au fil de l'épée, les Musulmans la reprenant dès que les Chrétiens ne pouvaient plus assurer leur unité.
Jérusalem est vraiment cette ville où le poids de l'histoire est écrasant, où chaque pierre témoigne d'un évènement singulier, où chaque bâtiment fut construit après controverses et tractations. La chrétienté trouve son crédo dans le St Sépulcre, lieu de repos éternel du Christ, ou la Via Dolorosa, chemin de la longue passion du Christ marqué de "12 stations" signalant les lieux de souffrance, de chute, d'épongeage de front... Le judaïsme préfèrera le Mur des lamentations, la sinagogue Hurva, détruite et reconstruite tant de fois, le Mont des Oliviers. Enfin les Musulmans fréquentent principalement le Dome of the Rock, lieu où le prophète Abraham a laissé l'empreinte de son pied lorsqu'il frappa le sol pour repartir vers le ciel, et ainsi négocier le nombre de prières qu'un fidèle aurait à exécuter pour prouver sa foi. Il faut savoir qu'au début ils étaient mal barré, puisque ce nombre atteingnait 50 prières par jour... Mais Abraham, fin négociateur, soulagea son peuple.
L'église Orthodoxe est également très présente, et nul ne peut l'ignorer. Autant dire que les carats ne se battent pas en duel dans leurs bâtisses ! Style très lourd type baroque que l'on retrouve à Rome d'ailleurs, et qui tâche de caser un max de crucifix au centimètre carré.



The Dome of the Rock vu du Saint-Sépulcre

On a flairé le bon plan lorsqu'on nous a proposé une visite gratuite de la ville, et après s'être gauffré une photo de groupe mémorable, nous avons cavalé dans les petites ruelles durant près de 3h30. On a lâché un bon tip au guide qui connaissait bien son sujet, et qui avait suffisamment de bagage pour répondre aux vieux papis juifs négationistes. Selon lui, les Juifs n'avaient jamais massacré personne parce qu'il n'étaient pas Juifs : il a stoppé notre héros d'un jour par un sournoi et nasillard "that is not true", et le premier, Juif par ailleurs, a dû lui recommander de quitter le groupe s'il ne souhaitait pas en entendre davantage. Bref, rigolo.
Encore plus rigolo le jeune canadien qui s'est payé lui même sont voyage en Israël et qui déjêune avec nous à 14h autour d'une assiette de humus (purée de pois chiche : délicieux, mais attention la digestion d'enfer). Atablé avec Amin et mon frère, il nous glisse entre deux bouchées : "you know what guys ? Arabs are fucked !" (vous savez quoi les mecs ? Les Arabes c'est tous des baisés !). Je lui demande de répéter, au cas où, mais non, j'ai pas rêvé. J'explose de rire, je me retourne vers Amin qui ne dit rien et le regarde droit dans les yeux en continuant de bouffer (alors que mon frère lui s'est arrêté, il faut le faire). Je l'incite à continuer sur sa lancée, à nous détailler un peu plus longuement son point de vue qui était le sien. "Ah oui, et comment ça ? T'en a vu beaucoup pour pouvoir tirer un bilan aussi négatif ?". Il s'est avéré que le pauvre a eu l'idée de se rendre en Cisjordanie, ce qui en soi est une initiative louable pour un jeune juif de son âge, et s'est fait pouillé trente mètres après avoir passé le check-point. Vraiment pas malin le garçon. Suite du repas dans le silence, et une fois dehors, je ne peux pas m'empêcher de demander à Amin pourquoi est-ce qu'il n'a rien lâché à ce moment-là : "parler à un con rend con". Bon ok les mecs, va falloir penser à dialoguer aussi un de ces quatre.
Cette visite guidée fut donc aussi un bon contact avec l'extrêmisme, de parole du moins.


"That is not true !"


Côté vie nocturne, impossible de "sortir" à l'intérieur de la Vieille ville. D'ailleurs, après 19h, il n'y a plus que des militaires en patrouille qui contrôlent les passants portant une capuche (information vérifiée par votre loyal blogueur, j'allais quand même pas écrire ça sans en être certain). La nuit y'a dégain; nous allons donc dans la nouvelle ville pour prendre une bière la nuit tombée, virées dont une fut marquée par la rencontre et une discussion mémorable avec deux jeunes israéliens, partiellement alcoolisés, qui venaient de finir leur service militaire et qui profitaient de la bonne température pour crier leur joie au grand air. Alors qu'Amin s'engage dans une argumentation mouvementée sur la réalité de l'incursion israélienne à Jénine en 2002 et que son interlocuteur semblait dénier, je parle avec mon frère et le second laron de la situation de leur pays.
Ce qui frappe au premier abord, c'est l'envie de ne pas se frotter à la réalité de la situation. Visiblement le service militaire laisse des séquelles, et sert massivement de stage politique intensif (pour éviter le terme de propagande trop partial) pour que l'opinion soit à peu près uniforme. La situation actuelle de la Palestine découle principalement, à les entendre, des querelles politiques internes notamment entre le Hamas et le Fatah. Avec le recul et les rencontres en Palestine que nous auront eu peu après, il est étonnant de voir qu'ils n'envisagent pas un débat sur la création de l'Etat d'Israël en soit, c'est-à-dire sur les frontière de 1948. Quoi de plus normal, me direz vous, lorsque l'on naît et vit dans cet Etat depuis plus de 25 ans. Mais tout de même, il y a un gros décalage ; ou bien se sont les Palestiniens que j'ai rencontré qui sont irréalistes. Yossef, le moins entamé des deux, me force à prendre son numéro de téléphone et à l'utiliser si besoin est. Des deux côtés du mur, il y a de l'attention portée à ceux qui veulent voir la situation de plus près, y'a pas à dire. Ça fait zizou.

Nous quittons la Ville sainte direction la Palestine, le contexte historique dans les yeux, le devenir de la Terre sainte devant nous.

samedi 21 février 2009

Météo du moment.

Cette semaine :


La semaine à venir :


Niiiice. L'hiver est arrivé sur Istanbul, plus de doutes.

samedi 14 février 2009

Au-delà de la géopolitique médiatique : le Proche-Orient version 'Do It Yourself'

Partie 1 - présentations et tourisme jordanien

Tout d'abord l'idée
. Comment est-ce que j'en suis venu à m'aventurer sur une terre inconnue, mais surtout redoutée. Par les Occidents qui ont des remords datant de la colonisation et qui s'en remettent à l'ONU, par les personnalités politiques qui risquent leur crédibilité sur la scène internationale et à l'intérieur dès qu'il s'expriment sur le sujet, et enfin par mes parents et mes potos qui n'avaient eu vent que des derniers bombardements sur Gaza et des témoignages accablants.
Tout ça, c'est la faute à Valentina.

Valentina elle en a vu des crasses dans sa vie. Serbe d'origine, sa famille a émigré en France pendant la guerre et s'est installé en région parisienne. Elle est française, étudiante en école de commerce grâce à une bourse, et à un avenir certain dans le monde de la finance (héhé). Elle eut l'occasion de partir la première fois en Palestine il y a 3 ans, durant l'été, avec une association qui s'appelle 'Génération Palestine'. A 18 ans, se lancer dans un projet pareil, je peux vous dire qu'il faut avoir la motivation et les guts. Au menu de son excursion initial, découverte de la situation locale et de la vie de tous les jours pour les Palestiniens de Cisjordanie. Oui mais voilà elle est tombée amoureuse de Tarek, un jeune homme fringant et plein d'allure vivant à Fara'a, un camp de réfugié entre Jénine et Nablus. Son Père, Abu Jamil (il s'appelle Mohammad, mais le père change de nom à la naissance de son premier fils, Abu Jamil signifiant 'père de Jamil'), est dirigeant des scoots de Cisjordanie, une organisation qui a pas mal d'influence dans la mesure où ils permettent à plus de 60 000 jeunes Palestiniens d'acquérir une sensibilité particulière à la problématique régionale, et d'oeuvrer pour les collectivité de manière bénévole. Au-delà de l'ambiance 'couteau-suisse' et 'feu de bois', c'est vraiment une alténative civile au service militaire, qui est de toute manière interdite dans les territoires palestiniens. A noter que les Israéliens, eux, ont un service militaire de 3 ans pour les hommes, 2 ans pour les femmes, obligatoire sous peine d'emprisonnement. Mais nous aurons l'occasion d'y revenir...

Et donc elle est amoureuse Valentina. Amoureuse d'un Palestinien qu'elle retournera voir deux fois par an jusqu'à maintenant. Elle vient à m'en parler au cours d'une discussion de voyages et de projets pharaoniques, et sur le trajet de la navette de mon université, qui dure à peu près 20mn, j'ai dis oui direct. Depuis ce jour de novembre, on s'est attelé à chercher des comparses pour nous accompagner, du moins à rencontrer des gens intéressés par ce genre d'expérience.

Amin, second comparse, est Allemand d'origine Egyptienne, étudiant en Relations internationales, et d'un talent certain pour la photographie (il est l'heureux lauréat d'un concours 'Istanbul vu par les Erasmus'). D'ailleurs n'hésitez pas à aller faire un tour sur son site. Amin est musulman, prie tout les jours, et parle couramment l'arabe, ce qui nous sera bien évidemment plus qu'utile par la suite nous déplacer. Enfin du moins dans les pays arabes.
J'me suis bien trippé avec Amin, et s'il ne boit pas une goutte d'alcool et n'inhâle point de fumée, il m'a aussi fait baisser drastiquement ma consommation de drogues en tout genre.
Et si ma dévotion sans faille à la judéo-chrétienté ne pouvait pas sortir du cercle vicieux, et si je m'étais "trompé" de religion ...? Peut-être que je vais bientôt m'attaquer au Coran... et vivre à Jérusalem, comme ça si j'ai des remords, je pourrais déménager en vitesse dans le quartier Chrétien, voire me convertir (ça doit pouvoir se faire) au Judaïsme. Yeah, je vais enfin vivre en paix avec les religions.

Trève de plaisanteries. Valentina nous avait briefé sur les déboires que nous aurions à affronter à l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, mais bon les billets n'étaient pas trop chers; en accordant un prix aux emmerdes que nous aurions à subir, on s'en tirerait quand même. On se décide tous, ok c'est bon on part et on achète les billets d'avion. Bad beat une semaine plus tard, soit deux jours après le début des offensives à Gaza, la compagnie qui devait nous acheminer à annulé tout ses vols au départ et à destination d'Israel. Et désormais les billets pour Israel sont bien chers. La seule solution restante est donc d'attérir à Amman, en Jordanie, puis de passer la frontière à pied vers Israel afin de rejoindre la Palestine.

Tandis que mes deux compagnons écrasent le maximum de fatigue (méga teuf la veille pour le départ de certains d'entre nous que nous ne reverrons pas avant longtemps, Inch'Allah), je vois défiler en dessous de moi les paysages de Chypre tout d'abord, puis du Liban, de la Syrie, et enfin de la Jordanie. Plus on descend, plus la verdure se fait rare, plus le désert semble avoir de droits dans le paysage. Durant toute la descente jusqu'à l'aéroport d'Amman, je suis éberlué par ces horizons arides au possible, où les routes sont de simples pistes dans le sable.

Après un achat de Visa pour 12€ et 5 contrôles de passeport, on arrive à s'extraire du terminal. La prochaine navette nous dépose tout près de chez notre amie, Imman, qui nous héberge dans la capitale pour les quelques jours. Nous étions arrivé donc le 17, le 20 je devait retrouver mon frère à Jérusalem : les trois jours devant nous allaient être concentrés et très, très touristiques.
Imman est originaire de Somalie et est actuellement traductrice auprès de l'office de Nations-Unies pour les Réfugiés (appelé communément "unéroi", UNRWA), et dispose de pas mal de temps libre pour nous emenner à droite à gauche, dans les bars sympas et les restos pas trop chers. Avant tout, pendant que Valentina écrasait encore un peu plus, Amin m'a accompagné à la recherche d'une couverture pour la nuit, car la nuit il fait froid, contrairement aux températures affichées durant la journée : ça passe de 20°C à -5°C en 3h. Coup de bol inimaginable, on est en plein dans le quartier des vendeurs de couettes et autres couvertures moltonnées importées !!! Après une étude comparative poussée, on se rend compte tout d'abord que la Jordanie c'est cher ; si un repas peut ne coûter que 1€ (falafel je t'aime), en revanche tous les mobiliers sont hors de prix. On se résoud à acheter deux polaires de 2*2m, et à dormir avec tout ce qu'on peut trouver.
On ne fait pas long feu, la mèche ayant été vraiment raccourcie par les déplacement depuis 6h du mat. On se sert à trois dans une plumard, je prends mon coussin Turkish Airlines empreinté dans l'avion, me le carre sur la tronche, et bonne nuit tout le monde. Cette nuit-là, il a fait froid, en dépit de 4 couvertures, deux pantalons, deux T-shirt, deux pulls et une écharpe (cette dernière fait toute la différence, c'est évident : en la mettant sur le nez, elle évite celui-ci de geler).

Le lendemain, on attaque les visites avec la ville de Jerash, à une heure et demi de route au nord d'Amman. Dans la gare routières il n'y a que très peu de femmes, et Valentina est la seule à ne pas être voilée. Du coup tout le monde la regarde, les mecs se retournent en permanence, visages figés ou coups d'œil vislards, tout y est. Il faudra d'ailleurs s'y habituer durant tout le reste du trip.

J'en profite pour faire un encart sur ce que j'ai pu voir de la place de la femme dans la société arabe, les mêmes comportements aussi bien en Jordanie qu'en Palestine (sans aucune prétention). Les femmes ne sortent que rarement dans les lieux publics, notamment dans les villages (dans les grandes villes, les mœurs sont bien entendu confronté à l'influence occidentale). Elle est la maitresse du logis, entendez par là qu'elle se doit de gérer avec attention les affaires du foyer, veille à bien nourrir tout le monde, donne les ordres aux enfants pour l'aider etc... Si le mari est la partie sociale du couple en public, il n'a aucun pouvoir (ou du moins peu) sur les décisions à prendre dans le foyer et pour l'éducation des enfants.
Le mariage est bien entendu religieux, et ne peut pas être légiféré par le code civil. Il est possible, selon le Coran, de divorcer, mais c'est une décision lourde à prendre et qui doit être précédée de plusieurs rencontres avec un conseiller religieux. Le divorce met le blâme sur la femme, car celle-ci est perçue comme ayant failli à ses obligations familiales. A moins que le contrat de mariage ne le stipule, elle doit quitter le foyer sans aucun des meubles. Qui plus est, si la femme est à l'origine de la demande de divorce, celle-ci ne peut pas percevoir une importante somme d'argent (épargnée par le mari à son égard) et qu'elle aurait dû percevoir au bout d'un certain temps. Si le mari fait la demande de divorce, alors elle touche cette somme. En ce qui concerne les enfants, la loi dit qu'ils peuvent choisir avec qui ils désirent vivre s'ils ont plus de 16ans, autrement ils restent avec leur mère, sauf si celle-ci se remarie. Ils doivent alors rester avec le père. Généralement la femme divorcée ne se remarie pas, à moins qu'elle n'ait rencontré quelqu'un avant son divorce.
C'est marrant, parce que c'est quasiment l'inverse de ce que l'on peut trouver aujourd'hui dans la loi française par exemple. L'homme est "le chef de maison", traditionnellement, mais quand il en vient au divorce, la femme voit largement le Législateur agir en sa faveur. Bon après je ne sais pas de ce qu'il en est de la garde alternée en Jordanie... haha!

Bref on arrive à Jérash, qui est un site archéologique romain plutot bien conservé, avec hypodrome, théâtre nord et sud, et tout le tintouin (pardonne-moi grand-mère pour cette considération qui te fera sauter au plafond). Mais en saison basse, on s'est bien marré, y'avait pas trop de monde et pas trop de flicaille.

Un handicapé mental s'est improvisé en guide pour nous, et nous a montré tous les p'tites curiosités du site, de la colonne en marbre de 9 mètres de haut et qui bouge avec le vent, en passant par une simple mauvaise herbe s'avèrant être un motif largement apprécié 2312 ans auparavant vu le nombre de reproduction sur les mosaïques, etc... et un temple de Zeus qui a été découvert par un archéologue français, s'il vous plaît, et donc les bouts de pierres reposent dans une galerie souterraine financée par... le ministère français de la culture ! Ben voyons. Et en plus c'est Krikri qui l'a financé, il date de juillet 2007. Je veux dire, autant ne pas fâcher les Dieux, c'est pas comme les banlieues, on peut pas utiliser le flash-ball échapper à leur mécontentement.


Bref en sortant du site, on traverse un terrain vague pour aller à la station de bus, et acte hors du commun pour des touristes, nous escaladons un mur de 1m de haut. Du coup on attire l'attention, un mec nous aborde pour nous proposer de rentrer sur Amman pour peu cher à bord de son 4*4 Ford 1976. On se regarde dans les yeux, je fais rapidement le tour de l'engin pour s'assurer de la présence des éléments mécaniques fondamentaux, et on s'entasse à 4 sur la banquette arrière. Le chauffeur me propose une clope, ce qui ravit Valentina qui va pouvoir tirer discrétos dessus, puisqu'elle ne peut pas fumer en public.
Retour à Amman pour une nuit frisquée elle aussi, sauf que moi ben j'ai eu l'idée de me mettre au milieu cette fois-ci. Et bingo, bon choix, pendant que les deux autres tirent la couette de part et d'autre du plumard, ben au milieu on est chauffé par les fesses des deux autres, et la couette a beau bouger, on a pas froid ! héhéhé...

Le lendemain, levé à 8h pour aller sur le site de Pétra, bien au sud de la capitale, à 4h de route en bus. Le site fermant à 16h, en arrivant à 12h, il nous resterait 4h de visite sur site. Le plan est approuvé à l'unanimité, et on profite d'une bagnole louée par la voisine allemande d'Imman pour se rendre sur site à l'aller, on vera au retour (y'a pas de problème nous a-t-on assuré... tiens finalement la Bolivie et la Jordanie ont quelques points communs...). On a mis une plombe à sortir de la ville tellement qu'il n'y a pas de panneaux, mais on s'en est sorti.

Ce qui est oufissime, c'est que en dehors de la capitale, y'a rien. La banlieue extensive européenne ou américaine n'existe pas, il n'y a pas de maison de campagne, ni de paysan égaré. Dans cet environnement aride, tu t'amuses pas à avoir une bicoque accessible uniquement par quad ou entre 12h et 13h42 lorsque le soleil fond suffisamment la neige pour que les pneus accrochent... ici c'est le désert, et il fait chaud le jour, et froid la nuit.
On s'arrête dans un château en rénovation, vestige d'une civilisation qui aimait bien les batailles avec les canons et les chevaux : les Croisés. Le temps de prendre un max de photos, d'acheter un collier que je trouvais super sympa pour ma copine back home (elle ne l'a pas du tout aimé finalement, j'aurais du l'offrir à ma mère tiens...), et zou, on arrive à Pétra.
Le site était autrefois habité par les bédouins (information confirmée par ma grand-mère), qui ont aujourd'hui gentiment été relogé en dehors du site dans des habitations bien bétonnées, bien chauffées aussi, avec tout ce qu'il faut comme sanitaires. Ils sont les seuls à profiter économiquement de ce flot de touristes incessant, durant les quatre saisons de l'année, en proposant location de chevaux, de mules, vente de colliers et divers bijoux (pas moches du tout d'ailleurs), et bien sûr la balade en chameau. Non, je vous vois venir gros comme une maison, je ne l'ai pas fait... je voulais pas avoir l'air d'un débile comme ces gros anglais qui martyrisaient ces pauvres bêtes, et menaçaient de leur casser le dos. Et puis bon, comment avoir la classe comme ça :

C'est pas possible...
Bref, le site est formidable, et rassemble les vestiges de la civilisation des Nabathéen, grands commerçants de leur temps, et qui ont fait fortune grâce à la position stratégique de la ville. C'est l'empire romain qui, n'arrivant pas à mater les mercenaires engagés, à décider d'étouffer la ville économiquement en créant un autre centre et en détournant les principales voies de communication. From riches to scraches comme on pourrait dire, la ville est progressivement abandonnée et laisse derrière elle des millénaires d'histoire. Les bâtiments principaux sont des caveaux royaux, super bien conservés, dont le principal :



Après une longue initiation au site à travers une voie pavée de 1km, dont les parois de 30m de haut sur les côtés ont été façonné par l'eau, déboucher sur ce bâtiment ça en jette un max. Le site est en longueur et regroupe tout un tas de caves et de sculptures dans la roche, bien conservées pour la plupart. Bien qu'il ne me restât qu'une heure et demi avant le départ du bus, j'ai décidé de poussé jusqu'au monastère situé sur les hauteurs. C'est bien le cas de le dire... le Routard s'en vante d'avoir compter les marches pour y accéder, alors autant véhiculer l'info parce qu'il ont dû bien se faire ch... pendant les trois-quart d'heure qu'ils estiment nécessaire pour les gravir : 788 marches. Grand sportif que je suis ou bien enrobées que sont les auteurs du Routard, et déterminé à voir ce que ce même guide décrit comme incontournable, je presse le pas et parviens au sommet en 20mn (si si).
Franchement ça valait le coup. Un des plus beaux sites du monde, sans aucun doutes (avec l'Isla del Sol bien évidemment).



J'ai poussé jusqu'au "top of the world view", à 10mn à pied, histoire quand même de ne pas mourir con. J'avoue la vue était pas trop mal non plus. En fond, on pouvait apercevoir Israël, la destination du lendemain...



Le temps de foncer jusqu'à l'entrée du site (une heure en marchant bien vite), de rejoindre Valentina et Amin qui étaient en train de tester la photographie à dos de mule (cf photos sur ma page dédiée), on saute dans le bus pour Amman, et c'est reparti pour 4h...

Après une journée passée au vents du désert, on comprend très vite pourquoi les bédouins ont tous la figure couverte des cheuveux jusqu'au cou : le vent est sec et dessèche la peau et les cheuveux. Simon et JB reconnaitront là bien un trait de moi-même, j'aime pas avoir la peau desséchée... heureusement qu'Iman et Valentina avait le nécessaire pour réhydrater tout ça. Le soir, on se fait propre pour le lendemain, jour du passage de frontière pour Israël, et on révise notre texte pour ne pas avoir de blancs durant le showtime. Une partie de Monopoly avec des Dinars jordaniens m'a permis de ne pas perdre mes réflexes capitalistes et de remporter la partie malgré une triche organisée pour que je ne perçoive pas mes loyers : va-t-en vérifier que c'est bien ta rue quand c'est écrit en arabe ! Bien heureusement le capitalisme a eu raison de la culture.

Pour ce qui est du passage de frontière, je pourrais en avoir pour des heures à vous relater toutes les histoires sordides qu'on a pu me raconter, des moments d'attente interminables, de la pression psychologique etc... je vais donc me limiter à mon expérience, je pense que ça suffit largement. Il faut dire que Valentina sait de quoi elle parle quand elle évoque les passages de douane, donc j'ai eu tendance à la croire quand elle nous a dit qu'on allait morfler. On a tous bien stressé durant les 4jours précédant le passage... En outre, ça n'allait pas poser trop de problème pour moi qui ne suit jamais passer en Israël auparavant, dont le père s'appelle Michel et la mère Marie, et dont la gueule ne passe généralement pas trop mal avec les autorités (enfin tout est relatif...). Amin en revanche est arabe et a un visa iranien sur son passeport... on part pas avec les mêmes chances. Si Valentina est Yougoslave, autant dire que pour les Israéliens, elle a une tête d'arabe et c'est tout. Donc bon, on avait quand même de quoi se poser des questions quant à notre chance de pouvoir passer la frontière tous ensemble en une seule fois. Je me suis même bouger les fesses pour réserver trois lits dans une auberge de jeunesse à Tel Aviv pour justifier de notre destination, et payer 5,68€ d'ahres. Car tel était notre plan : on est des p'tits touristes bien beaufs qui veulent dépenser un max sur la côte israélienne, rien de plus. Gaza ? Ça a l'air moche, mais on s'en bat les steaks. La Cisjordanie ? Pas question d'y aller, y'a pas de nightclubs...

On se pointe tôt le matin, histoire d'arriver avant tout le lot de Coréens qui nous désespèrera, et on patiente avant l'ouverture du poste de contrôle. On se recoiffe, on remet du gel pour faire encore plus vrai, et on tire bien sur la clope pour faire tomber le stress. Ce qui donne un truc du genre :



Du genre gros vainqueur... faut c'qui faut. Du côté jordanien, on nous raque un max, mais on nous fait pas d'embrouilles. Vous voulez partir ? pas de problèmes ! payez 7€ de frais de sortie de territoire (telle est la dénomination, en même temps y'a moyen qu'on pourrisse les toilettes de la salle d'attente), 2€ pour faire 200m avec la seule compagnie autorisée (mais que fait l'AMF), et surtout passez par le Duty Free (on est obligé de passer à travers).
Bref ce côté-ci de la frontière est tranquille. Premier point de contrôle de l'autre côté du Jourdain, qui démarque les deux Etats bien qu'il soit complètement asséché, et premiers soldats M-16-ifiés de la tête aux pieds et gilets par balles made in USA. Premier sourire aussi de la part de la jeunette qui contrôle les passeports... la french class n'a pas de frontières, elle a tenue à me faire les formalités en français :)
Puis débarquement dans le terminal où l'on nous sépare de nos bagages, nous colle une étiquette au dos du passeport avec le degré de dangerosité du client, et direction le portique de sécurité. On nous fait même passer dans une soufflerie ultra-hitech qui détecte les résidus de poudres et autres substances explosives sur les vêtements. Si tu souris pas, on t'invite à patienter sur le côté. Bien sûr Amin n'y échappe pas, et un mec vient directement pour l'embarquer dans une pièce à part. IL ressort 10mn plus tard, la tête basse, ils lui ont posé tout un tas de questions à la con sur sa provenance et sa destination. On se présente tous les 3 au guichet, on joue les dingues de boite de nuit, on blablate, je tente de faire de l'oeil à la nénette, mais cette fois-ci le résultat n'est pas aussi spectaculaire. J'obtiens mon visa sur une feuille séparée (ce qui me permet par la suite de ne pas me faire refoulé en Syrie, au Liban et en Iran si j'ai envie d'y aller), tandis que mes camarades ont le droit à des questions poussées.
Ce pays dispose vraiment d'un système de renseignements vraiment puissant. Ils nous ont posé des questions cheulou et clairement orientées pour qu'on leur en dise plus sur nos origines, nos motivations, etc... Questionnement à trois, puis questionnement un par un, puis de nouveau ensemble, 3h30 d'attente, et nous avons enfin tous nos visas. C'est le grand soulagement, on récupère nos sacs, j'attrappe au vol un dernier sourire (décidément...), et on sort dans la chaleur israélienne, 25°C à l'ombre et cocotiers à l'horizon.

A nous Israël, direction Jérusalem.

A suivre, bien entendu :)


Qu'est-ce qui arrive après ? Ben faut attendre mon ami, faut attendre...